M
O R P H O L O G I E
J’avais
été invitée il y a quelques années à
la demande des dirigeants du SUOMEN BEAUCERON Ry (Finlande), afin
d’expertiser les chiens.
Cette
invitation a été renouvelée cette année
et j’ai été très honorée de cette
preuve de confiance. J’ai été impressionnée
par le nombre important de participants à cette manifestation
et je remercie tous les concurrents d’avoir souhaité
mon avis sur leurs chiens.
L’organisation
était parfaite et j’ai été très
bien secondée par des secrétaires bien sympathiques.
C’est
donc avec un très grand plaisir que j’ai pu faire le
point sur l’évolution du cheptel finlandais.
J’ai
constaté que les conseils que j’avais donnés,
et ceux que les juges qui m’ont suivie ont également
prodigués, ont porté leurs fruits :
les beaucerons de nos amis finlandais
(russes ou suédois) peuvent être toisés et examinés
sans problème et j’ai beaucoup apprécié
la qualité de présentation des concurrents.
Il
faut noter une grande qualité
dans la couleur des yeux et le panardisme était peu présent
sur les sujets examinés
: il faut bien préserver ces qualités, difficiles
à obtenir, mais très faciles à détruire
si l’on n’y prend garde.
Côté
défauts, le sous-poil manque toujours.
Un important travail est à faire sur les angulations
qui
sont justes aussi bien à l’avant qu’à
l’arrière.
Les tailles sont à surveiller
: j’ai rencontré des mâles à
la limite maximum du standard, mais du côté des femelles,
c’est plutôt le contraire : quelques chiennes sont assez
petites, avec une ossature assez légère.
Mon
conseil est qu’il faudrait réintroduire
quelques sujets femelles, et / ou utiliser quelques étalons
extérieurs au pays pour redonner un nouvel essor à
l’élevage.
J’adresse
à nos amis Finlandais mes félicitations pour le travail
accompli, et je leur souhaite bon vent pour la suite de leur élevage.
Je
compte sur eux tous pour une participation active dans les manifestations
canines pour faire connaître le Beauceron.
Jeannine
ANJORAN
M
E N S U R A T I O N S
J’ai
eu l’honneur d’être invité, avec mon épouse,
par le Club du Beauceron Finlandais, pour faire les mensurations,
le week-end du 5 et 6 Septembre 2009.
J’ai
toisé environ 50 chiens, sans aucun grognement.
L’utilisation, très rare, de la muselière a
été faite essentiellement pour calmer leur ardeur.
Les
présentatrices, car ce sont presque exclusivement des femmes,
avaient bien écouté mes explications, et les chiens
étaient bien tenus. Les mensurations ont donc été
faites rapidement et sans aucun problème.
Les
mesures en tête étaient relativement bonnes. En ce
qui concerne la hauteur, surtout pour les mâles, quelques
sujets assez hauts.
Le
seul conseil, à mon niveau, est d’ être
attentifs aux futurs mariages, pour ne pas avoir de trop grands
chiens. Il faudra prendre du sang neuf mais avec beaucoup
de soin pour ne pas perdre les points positifs.
Je
félicite les propriétaires pour la présentation
de leurs beaucerons et les remercie, ainsi que le Comité
du Club Finlandais, pour leur accueil et toute la sympathie qu’ils
nous ont témoignée.
Didier
CHOVAUX
C
A R A C T E R E
C’est
avec un immense plaisir que j’ai répondu favorablement
à l’invitation du Club Finlandais pour effectuer les
tests de caractère que nous pratiquons en France.
Je
ne commencerai pas sans remercier et féliciter Claudine
PUJO, rouage primordial de cette manifestation.
Son organisation fut minutieuse, tout était bien
orchestré, du voyage, au planning sur place… tout avait
donc été prévu pour que nous passions un week-end
formidable.
Un grand merci aussi aux membres organisateurs du
Club des Beaucerons Finlandais (SUOMEN BEAUCERON Ry ) pour
leur gentillesse, leur disponibilité et leur dévouement.
Je n’oublie pas mes compagnons de voyage, Jeannine
ANJORAN, Didier et Chantal CHOVAUX pour leur bonne humeur
et leur complicité, ainsi que tous les concurrents et participants
pour l’intérêt qu’ils ont pu montrer durant
ces deux jours.
Le
samedi, seule Jeannine ANJORAN était
à pied d’œuvre pour examiner près d’une
centaine de beaucerons dans
le cadre d’une exposition à CAC,
Didier CHOVAUX officiant
comme commissaire en ring avant les mensurations prévues
dimanche.
Chantal CHOVAUX, Claudine PUJO
et moi profitions de cette journée de liberté pour
visiter HELSINKI et ses monuments historiques.
Passage inévitable et incontournable sur le marché
typique du port où les senteurs de légumes, d’épices
et de champignons se mélangent en un parfum subtil et agréable.
La dégustation d’un pavé de saumon restera inoubliable.
Retour à l’exposition où j’ai pu apprécier
tout le savoir de Jeannine ANJORAN pour les classements de la tournette
finale.
Le
samedi soir, était organisé un dîner-débat
autour de nos trois spécialités que sont la morphologie,
les mensurations et le comportement.
Tout
était traduit en finnois par notre interprète
Mme KAARTINEN, et en anglais par Claudine PUJO
pour les beauceronniers venus de Russie.
Après un bon repas Jeannine ANJORAN ouvrait
le bal en rappelant l’historique de la race, explications
s’appuyant sur des documentations et photos qu’elle-même
et Claudine PUJO avaient préparées
et qui circulaient entre les mains des convives.
Didier
CHOVAUX et moi-même intervenions ensuite dans notre spécialité
(mensurations
et caractère). Je témoignais aussi
pour faire partager mes 25 années d’expérience
d’éleveur et autant comme CRU (conseillé régional
d’utilisation).
Je commençais donc en précisant que lorsqu’un
chien entre sur le ring pour être jugé, en se montrant
sociable, équilibré, joyeux, sans aucune timidité
apparente envers l’homme (et qu’il l’aborde
avec franchise),
si par la suite, il ne montre aucun signe de crainte due à
une sensibilité aux bruits (coups de feu),
ce chien-là aura pratiquement une note Excellent dans environ
80% des cas.
Bien
qu’étant spectaculaire, l’épreuve de la
menace au bâton sera juste une confirmation de mes observations
et
seulement pour apprécier si ce même chien cité
précédemment possède un peu de caractère
et de hardiesse.
Les
timides montrant une réserve envers l’homme ne passeront
pas avec succès cette épreuve. La
menace réveillera leurs craintes, visibles par un recul derrière
le maître, l’air prostré et inquiet ou bien même
ils ne bougeront pas, comme figés et ignoreront ma présence
( = déni).
Pourquoi ? Nous savons très bien qu’avec une préparation
ou un entraînement adéquat comme j’ai pu le faire
avec les moins de 12 mois, nous pouvons améliorer et déclencher
une meilleure réaction face à la menace pour qu’elle
soit plus franche et instantanée.
Pourquoi pénaliserait-on donc des chiens sociables et équilibrés
n’ayant aucune crainte au coup de feu seulement parce qu’ils
auraient eu une réaction indécise à la menace,
surpris par celle-ci ?
C’est sûrement même la 1ère qu’ils
voient ... sans compter leur jeune âge, bien
souvent peu après 12 mois, avec un manque évident
de maturité.
Seulement 6 chiens dans
ce cas ont montré une trop grande faiblesse à
la menace et ont eu un Très Bon (voir tableau).
A la menace au bâton, nous préférons voir des
chiens équilibrés, stables cherchant même à
jouer plutôt que des chiens agressifs. Ce type de
réaction cache toujours des craintes et une instabilité.
Si cette menace se durcit et que l’homme au bâton avance
sur ce chien, nous voyons vite ses limites, il recule jusque derrière
le maître alors qu’il est sensé le protéger.
Le beauceron, à défaut d’être
encore un chien de troupeau, est devenu avant tout un chien de famille,
compagnon de jeux des enfants.
Les
tests de caractère ont été élaborés
pour pouvoir juger les qualités innées des chiens,
transmises par l’hérédité des parents,
c’est la génétique.
La
difficulté que nous avons est bien de voir cet inné
pour en appréhender sa valeur sans se faire trop influencer
par l’acquis.
Les
acquis sont tout ce que le chien aura appris depuis sa naissance,
chez l’éleveur puis chez sa famille et qui façonneront
son comportement et son caractère d’adulte (mais comme
me l’avait dit Mr. René Sauvignac : «
la faculté d’apprendre est aussi une qualité
transmise et donc innée »).
Je préfère juger un chien qui me montrera ce qu’il
est naturellement plutôt qu’un autre qui me fera voir
ce qu’il a appris.
Ceci est surtout valable pour la menace au bâton
où certains répètent ce qu’ils ont appris.
Quelques-uns même, furieux, cherchent l’homme au bâton
avant même que celui-ci ait fait une menace.
Il
m’a été également demandé comment
le cheptel beauceron pouvait être amélioré en
Finlande. J’ai répondu qu’il fallait
bien choisir ses reproducteurs, ne pas se tromper, et importer de
bons chiens et de bonnes lignées. Il faut également
une part de chance, comme j’ai pu en avoir avec mes premiers
chiens. Lorsque l’on commence on ne connait pas les lignées.
Je me suis adressé aux éleveurs finlandais
pour qu’ils n’oublient pas de garder comme priorité
la production de bons chiens équilibrés. La
race a tout à y gagner et un client satisfait, c’est
la meilleure publicité pour notre race et pour l’éleveur.
J’ai
aussi expliqué d’une façon purement simpliste
et théorique qu’ un chien est la combinaison
de trois facteurs indissociables les uns des autres. Ils
ont même une interaction entre eux et la combinaison des trois
formera la personnalité de votre chien sa vie durant.
Le
1er facteur (l’inné) est
bien sûr la génétique transmise par
les parents.
Le
second sera l’éleveur, avec son choix des reproductrices.
Une
chienne inquiète, stressée, transmettra non seulement
par ses gènes (mais également par imprégnation
et mimétisme) ses inhibitions aux chiots pendant les
quelques semaines passées avec elle à l’élevage.
Ces jours passés à l’élevage
avec leur mère ont une importance capitale pour l’équilibre
futur. La socialisation, et l’éveil des chiots
ne sont pas à négliger et sont même une priorité.
Le dernier facteur c’est le maître, sa nouvelle famille
et l’affection qu’il recevra, ajoutée à
une éducation appropriée.
Je
termine en rappelant que lorsque vous remarquez un chien intéressant
et plaisant par son comportement ou même sa morphologie, il
est bien d’observer ses ascendants et surtout ses collatéraux
(frères et sœurs). Si ceux-ci sont proches
de vos critères vous aurez plus de chances de votre côté.
On
a dû m’arrêter car certains fatigués, et
pour cause, avaient hâte d’aller se coucher. J’ai
invité les personnes à poursuivre cette conversation
le lendemain au bord du terrain.
Après
une nuit courte, nous revoilà en action sur le terrain.
Jeannine
ANJORAN et Didier CHOVAUX, sous
un immense hall d’entraînement d’agility, et moi
dehors. Heureusement les quelques pluies du début de matinée
se sont dissipées.
Je décidais de faire passer les chiens
de moins de 12 mois tous ensemble, pour les initier et pour qu’ils
repartent avec une expérience positive en tête.
Ils
formaient un demi-cercle et après un contact individuel avec
moi (caresses, papouilles), je prenais mon bâton
et mon chiffon pour jouer avec chacun d’eux.
J’ai cherché à les motiver
pour qu’ils montrent un intérêt pour moi, ceci
étant déclenché par le jeu. Je
ne suis jamais étonné de voir les progrès de
ces jeunes chiens en si peu de temps.
De
l’ignorance, ils sont passés au jeu, attrapant
mon chiffon pour se l’approprier tout en supportant mes gestes
faits de l’autre bras, qui alternativement menaçait
et caressait. Je terminais ce travail collectif en tirant
quelques coups de feu à une certaine distance. Aucun n’a
montré d’inquiétude, tous me regardaient et
m’invitaient du regard à revenir jouer avec eux.
Je finissais par une explication individuelle pour chaque
propriétaire pour les encourager à sortir leur compagnon
ou à continuer à le faire. C’est à cet
âge que l’on finit de construire son chien.
Je
passais ensuite les chiens inscrits en individuel. Il
m’avait été demandé de pratiquer un test
identique à ceux de nos régionales et nationale d’élevage,
sans clémence aucune. Une charmante traductrice
commentait mes appréciations à chaque propriétaire
et au public très intéressé. Mon souci était
de bien expliquer ce que nous recherchions pour chaque épreuve
et l’interprétation de ce que nous avions pu voir comme
réaction.
40
chiens m’ont été présentés.
12 (soit
30 %) ont obtenu la mention Excellent
28 (soit 70%) ne
l’ont pas eue. Résultats
= 19 Très Bon et 9 Bon
Même
avec un qualificatif qui n’est pas EXCELLENT aux tests de
caractère le beauceron garde toujours ses qualités
de chien de berger, reste très proche de ses maîtres,
et sera toujours le compagnon de jeux des enfants.
Encore
merci et félicitations aux beauceronniers finlandais, suédois,
russes qui étaient présents à cette manifestation.
Bravo au SUOMEN BEAUCERON Ry pour l’accueil et les efforts
déployés pour cet excellent week-end.
Guy BONNEFOY
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