Un
œil larmoyant est-il obligatoirement l’indice
d’un problème ophtalmique ?
Une
oreille sensible que le chien gratte ou secoue
avec obstination est-elle systématiquement le témoin
d’une otite ?
Un
chien habitué friand de câlins se met à éviter
–voire repousser énergiquement- qu’on lui touche
la tête… Est-ce le signe d’un changement
de caractère dont le maître doit se méfier
?
Les
allures naturelles du chien sont bizarrement « sous lui
» ou il amble alors qu’il trottait superbement
quelques semaines auparavant… ça va certainement
passer, pensez-vous !!
Et
si tout bêtement ces attitudes constituaient des alertes
relatives à des maux plus profonds ?
Reprenons
les exemples :
-
l’œil larmoyant est souvent en relation
directe avec l’oreille qui elle-même peut être
sensibilisée à cause d’une vertèbre
cervicale ou dorsale légèrement déplacée
qui perturbe le circuit nerveux normal… aucun collyre, aucun
traitement du conduit auriculaire ne résoudra le mal.
-
ce chien qui évite soudainement les caresses sur
la tête peut -comme nous- souffrir de névralgies
dont il convient de trouver la cause : problème
de maxillaires ou dentaires. Son comportement est la
conséquence directe d’une douleur qu’il ne
peut exprimer mais qui entraîne une attitude d’auto-protection.
-
les allures du chien sont elles aussi le reflet d’un
malaise. L’amble est une allure de confort qui
peut permettre de déceler un problème vertébral.
Même mineur un petit déplacement génère
une répercussion sur l’ensemble du corps pour tenter
de canaliser la douleur.
Le
corps parle. S’il souffre, il trouve de lui-même des
parades pour minimiser les conséquences du mal, ses systèmes
d’alerte et une « grille comportementale » pour
neutraliser la maladie autant que faire ce peut . Le corps se
protège pour tenter d’atteindre l’auto-guérison.
Il
en est des humains comme des animaux et nos compagnons à
4 pattes n’échappent pas à cette règle.
Il suffit donc parfois d’être très
observateur et attentif pour comprendre qu’une modification
de comportement est le gyrophare pour signaler que l’état
de santé n’est pas au top.
Le
corps est un tout qui forme une unité biologique, émotionnelle
et spirituelle. Un accident, une perturbation sur n’importe
quel organe ou partie du corps a toujours une répercussion,
un effet de « résonance » sur une autre région.
Depuis
un peu plus d’une décennie, l’ostéopathie
a fait son entrée dans les cabinets vétérinaires
bien que la pratique ne soit pas reconnue par l’Ordre et
qu’aucun diplôme ne soit actuellement accessible dans
le circuit classique des études vétérinaires.
Il s’agit pourtant d’une médecine alternative
ou « médecine douce » de plus en plus demandée
tant au niveau humain que pour les animaux (chats, chiens, chevaux,
bovins, ovins etc…). L’ostéopathie est d’ailleurs
souvent associée à l’acupuncture et à
la médecin énergétique (d’origine chinoise).

Acupuncture
au niveau des flèches
|

Tonification
des reins (bâton d'armoise incandescent sur une
aiguille)
|
En
France, l’Académie Vétérinaire
d’Acupuncture et d’Ostéopathie organise
des stages de formation de 3 jours par mois sur une durée
de 2 ans mais la seule école délivrant un diplôme
officiel en Europe est l’EUROPEAN SCHOOL of ANIMAL
OSTEOPATHY (à Brighton en Angleterre et Montreux
/ Suisse).
Etre
ostéopathe ne s’improvise pas. Il ne suffit
pas de pratiquer quelques manipulations pour prétendre
à ce titre.
Le véritable praticien doit connaître les
principes fondamentaux et l’éthique de cette
pratique mais il doit aussi maîtriser parfaitement
le fonctionnement des différents systèmes de l’individu.
L’exercice de l’ostéopathie reste avant
tout un Art, qui demande une main et une conscience en quête
d’absolu.
Il ne s’agit en aucun cas de se substituer à l’allopathie
de façon radicale et systématique mais la médecine
« classique » soigne très souvent un symptôme
sans en trouver la cause profonde.
Faute
d’informations, on imagine trop souvent que l’ostéopathie
n’est qu’une « histoire de manipulations »
bien faites pour remettre le corps en place !!
C’est
là une vision bien étroite de cette médecine
douce alternative qui a pour but de permettre au sujet
traité de se sentir bien dans son corps.
Toutes les attitudes ou positions de compensation ne sont pas
obligatoirement douloureuses et il convient d’apporter du
confort et aider l’animal à être en
phase avec lui-même et avec son corps.
Chaque
individu (humain ou animal) a une construction «de base»
adaptée à son espèce mais chacun
a sa propre façon d’habiter son corps pour
y être à l’aise en fonction de son environnement,
de sa sensibilité.
L’ostéopathe
prend l’individu dans sa globalité et respecte le
« mode d’emploi » mis en place par le sujet
qu’il traite.
Il n’y a jamais de manipulations traumatisantes,
ni en force. La consultation démarre obligatoirement
par une prise de contact et la mise en confiance. Thérapeute
et patient sont liés par une sorte de fil invisible qui
transmet les données du mal-être et renvoie les solutions.
Dans
la majeure partie des cas, l’ostéopathe est consulté
pour des problèmes de raideurs articulaires, douleurs dorsales,
boiteries, cicatrices douloureuses. Ce n’est qu’un
faible éventail des troubles sur lesquels peut intervenir
ce praticien.
Les
problèmes comportementaux (anxiété,
timidité excessive, réactions somato-émotionnelles…),
les affections cutanées (eczéma),
les troubles ovariens, digestifs et intestinaux,
les systèmes nerveux, lymphatique
et sanguin, l’aide à la descente
des testicules, les troubles post-partum
peuvent eux aussi être traités par l’ostéopathie.
Nos
chiens grandissent très vite. En un an ils atteignent leur
taille adulte. La structure osseuse doit être fiable pour
permettre un parfait épanouissement.
Pour
cette raison, on ne saurait que trop recommander aux éleveurs
de soumettre leurs chiots à une visite de contrôle
avant de quitter l’élevage.
Une mauvaise position dans l’utérus,
une mise bas difficile, une chienne peu
délicate avec ses chiots peuvent avoir des conséquences
minimes mais gênantes pour une croissance optimale, voire
perturbantes au niveau comportemental.
Comme
les bébés, les chiots sont très facilement
manipulables… du véritable caoutchouc !!
Il
est aisé pour l’ostéopathe d’intervenir
avant que des positions et attitudes de compensation ne soient
prises (ex : déviation de la colonne vertébrale
pouvant aller jusqu’à modifier le port du fouet,
interférer sur les aplombs etc…).
N’oublions
pas que nos animaux de compagnie sont aussi le reflet de nous-mêmes
et du milieu dans lequel ils vivent.
Tels de petites éponges, ils absorbent nos crises
d’angoisse, nos joies, nos attitudes négatives et
les assimilent à leur manière.
Le
plexus solaire, les organes (pancréas, foie etc…),
les intestins révèlent souvent à l’ostéopathe
un mal-être imputable au cadre de vie plus qu’à
l’individu lui-même.
Si cela ne remet aucunement en cause ni le bonheur du
chien au sein de son foyer ni les qualités indiscutables
de ses maîtres, il est néanmoins important de ne
pas oublier que ce meilleur ami de l’homme nous accompagne
dans les moments difficiles.
L’incapacité de raisonner et de communiquer par le
langage engendre parfois des dysfonctionnements réactionnels
de l’organisme que l’ostéopathe détectera
facilement, évitant notamment la prise d’anti-dépresseurs
ou anxiolytiques.
Etre
bien dans son corps et dans sa tête, vivre en parfaite harmonie
avec sa famille et l’environnement …
c’est aussi cela que notre compagnon peut trouver grâce
à un petit check-up chez l’ostéopathe.
Ce qui est bon pour nous est souvent bon pour lui …
pourquoi ne pas inclure une séance annuelle de contrôle
dans le budget alloué à sa santé ?
«
Donner de la vie aux années et non des années à
la vie » telle est la devise philosophique de l’ostéopathie.
N’en privons pas nos « tendres poilus » !!
Quelques
cas très schématisés hors consultation pour
des problèmes de motricité
Chien
A - 3 ans 1/2
Anxiété
souvent injustifiée, chien collé en permanence à
son maître, n’accepte pas facilement les caresses
de l’étranger malgré de nombreux exercices
de socialisation au marché, terrain d’entraînement
etc… pourtant ce chien travaille et y prend du plaisir (CSAU,
pistage …).
Auscultation
: le plexus solaire est totalement « tétanisé
» confirmant que le chien est replié sur
lui-même et qu’il ne parvient pas à surmonter
un stress que l’ostéopathe situe dans la petite enfance
du chien. La zone crânienne est elle aussi très
« contractée ».
La
mise en confiance est relativement rapide (environ
5 à 6 minutes). Les regards ostéo / chien ne se
croisent pas. L’ostéopathe reste à
côté du chien pour "respecter sa bulle de repli",
laissant aller sa main progressivement le long de la colonne vertébrale
du chien en attendant de ressentir un relâchement général
(fin des tremblements, tentative de communication).
L’intervention est essentiellement axée sur
les vertèbres cervicales qu’il faut débloquer
et sur le museau (siège de « l’intimité
profonde » du chien) pour obtenir un lâcher-prise.
Dès lors que l’apposition des mains est possible
sur cette « zone intime » la partie est quasiment
gagnée et miraculeusement le chien se laisse aller comme
si sa tête était détachée du corps.
Histoire
du chien : vendu quand il avait 2 mois, il est revenu
chez son producteur 6 mois plus tard sans avoir réellement
connu de plaisirs en famille. Pas maltraité, mais
simplement un peu ignoré, pas valorisé.
A son retour au foyer natal, ce chien a rapidement tenté
de s’imposer en chef de meute auprès de ces congénères,
vraisemblablement pour que sa présence ne passe pas inaperçue
auprès de son maître…
Interprétation
du comportement anxieux : selon toute vraisemblance,
lorsqu’il est revenu à l’élevage ce
chien a vécu les 6 mois d’absence comme une sorte
de « punition ». Il avait été
détaché de son producteur (vente du chiot) et revenait
sans comprendre pourquoi on l’avait privé de ce cadre
pendant si longtemps…
La
séance d’ostéopathie s’est terminée
avec la constatation d’un plexus solaire totalement souple.
Le chien méfiant a manifesté une certaine désinvolture
à l’égard des personnes présentes dans
la pièce et il affichait un regard parfaitement confiant…
affaire à suivre.
Chien B - 9 mois - visite de contrôle de croissance
Le
chien grandit harmonieusement. Il est sociable, joueur, confiant
à l’égard de l’étranger, entre
dans le cabinet du vétérinaire sans appréhension.
Auscultation
: aucun souci (musculaire, osseux etc…). Le plexus
solaire est souple.
Seul un petit « nœud » au niveau du pancréas
semble témoigner d’une contrariété
que ce chien aurait eu vers l’âge de 3 mois…
l’ostéopathe insiste sur le terme « contrariété
» en précisant qu’il ne s’agit pas d’un
problème d’éducation que le chien aurait mal
accepté. Il explique en outre que cela est imputable
à un gros souci au sein de la famille que le chien a «
absorbé », à une importante
hésitation devant une décision majeure à
prendre…
Histoire
du chien : achat du chiot à l'âge de 8 semaines.
Le maître confirme à l’ostéopathe qu’environ
1 mois plus tard il a été confronté à
un véritable dilemme remettant en question
l’ensemble de sa vie et qu’il a dû prendre
des dispositions graves au terme de longues semaines de réflexion.
La complicité maître / chien n’avait
pas été touchée, ni la cohabitation remise
en cause mais le chiot totalement tourné vers son maître
en cette période d’acclimatation avait ressenti les
problèmes de son maître.
Dans ce cas précis, la séance d’ostéopathie
s’est soldée par la prescription d’un traitement
homéopathique au chien et au maître qui avait lui
aussi le pancréas noué !
Chien C – 2 ans
Hyper-actif,
problème à une oreille que le maître ne peut
absolument pas toucher.
Auscultation
: du même côté que l’oreille, le chien
présente une légère contracture qui part
du cou et suit le trajet de la colonne vertébrale jusqu’au
niveau des reins.
L’ostéopathe
intervient sur les cervicales et la région crânienne
dans un premier temps puis effectue une exploration de la colonne
vertébrale pour détecter qu’une vertèbre
est effectivement coincée. Cela irradie sur l’ensemble
du corps jusqu'à l’oreille.
Quelques
tensions sont détectées au niveau des articulations
et des pattes (zone d’appui et de « prise
de contact » avec le sol) ce qui tendrait à mettre
en évidence un manque d’assurance du chien
en lui-même.
On aborde à ce moment même un autre volet de la médecine
alternative qu’est l’ostéopathie puisque le
praticien précise que ce manque d’assurance vient
du père de notre patient qui n'a pas dû avoir une
vie "toute rose".
Les
animaux aussi nous livre leur « carte génétique
» … il convient donc de beaucoup
flatter ce chien, lui faire comprendre qu’il est beau, qu’on
est fier de lui et très largement le féliciter
quand il accomplit un "exploit" … ceci
tout en conservant la hiérarchie maître / chien.
La
stimulation des reins (siège de l’assurance), et
l’acupuncture doivent aider à résoudre le
problème.
Chien D – 3 ans ½
Haleine
un peu forte, bave visqueuse à l’odeur légèrement
acide.
Auscultation
: alors que le maître pensait à un problème
gastrique ou de tartre, l’ostéopathe constate que
le croc supérieur gauche est environ 50% moins
développé que le croc supérieur droit.

Croc
supérieur droit
|

Croc
supérieur gauche (chez le même individu)
|
Schématiquement,
chez le canidé, le croc est l’affirmation du Soi.
La période de croissance complète du croc se situe
vers l’âge de 6 mois.
Sur ce chien, il semble que vers cet âge là, il n’ait
pas trouvé sa place au sein de sa famille et que psychologiquement,
il ne comprenait pas ce qui se passait autour de lui. Pas
de possibilité de s’affirmer ni de trouver un sens
réel à son existence.
Histoire
du chien : acheté à 2 mois, il est arrivé
dans une famille qui avait déjà plusieurs chiens
et il a été parfaitement accepté.
Quelques mois plus tard, la famille a été
confrontée à de très graves soucis
(décès, problèmes de santé etc…).
Certains chiens ont dû être pris en charge par la
famille pour apporter de l’aide mais notre « patient
» est resté sur place, vivant les allées-venues
ou ressentant très certainement les préoccupations
majeures de la maison.
Quelques
années plus tard, il a été adopté
par le maître qui consulte l’ostéopathe.
Changement de vie, activités partagées avec un autre
congénère, mise en valeur de sa propre individualité
et apprentissage de tas de choses jusqu’alors inconnues.
L’ostéopathe
note que -outre une forte inflammation de la gencive qui nécessite
un traitement antibiotique- le croc est en train de se
dévitaliser … après quelques
mois chez sa nouvelle famille, le chien qui a trouvé un
sens à sa vie et qui se sent bien dans ce nouveau milieu,
est tout bêtement en train de rejeter ce croc –relique
d’un passé dont il se débarrasse inconsciemment
… il a somatisé sur son croc comme
aurait pu le faire un autre individu en déclenchant une
crise d’eczéma suite à un stress ou l’élimination
d’une grosse peur…
Chien
E - 5 ans
Etalon
et bon reproducteur, le chien n'avait jamais connu de "panne"
lors des saillies jusqu'au jour où au moment de
grimper sur la femelle il semblait avoir mal au dos et éprouver
des difficultés à rester sur ses pattes arrière
malgré l'évidente bonne volonté de la chienne.
Pour
éviter de faire souffrir son mâle, le maître
consulte son vétérinaire pour effectuer un prélèvement
de sperme. Il raconte qu'il a remarqué que son
chien amble depuis quelques semaines, qu'il est contispé
et semble moins fougueux lors des balades.
Avant
de pratiquer le prélèvement, l'ostéopathe
découvre que 2 vertèbres lombaires sont
légèrement déplacées, suite
vraisemblablement à un choc important ou à une chute
brutale (que le maître situe 2 mois auparavant).
Le
toucher rectal met en évidence que la prostate
est enflammée, gonflée et que le canal séminal
est "étranglé".
Le
prélèvement de sperme n'a pas pu se faire mais la
remise en place des vertèbres a permis de rétablir
le bon fonctionnement de toute la zone.... et éviter
l'ablation de la prostate qui aurait pu être la
décision paraissant la plus sage en pareil cas.
L'étalon
a refait des saillies qui se sont toutes soldées par de
jolies portées.
Claudine
PUJO
-
Remerciements à Marina HIQUET
-Ostéopathe Equin et Canin- et au Dr André
ROBERT -Vétérinaire Ostéopathe-
pour le temps qu'ils m'ont accordé et les informations
qu'ils m'ont fournies pour la rédaction de cet article
-
Remerciements aux propriétaires
des Beaucerons et Golden Retrievers qui m'ont autorisée
à les suivre lors de séances et à photographier
leurs chiens. Merci aux propriétaires divers qui
ont accepté de me livrer leur expérience personnelle
(voir cas cités ci-dessuus).
*=*=*=*=*=*=*
Si
vous avez personnellement une expérience intéressante,
un exemple de trouble, affection divers que l'ostéopathie
a permis de traiter, n'hésitez pas à nous en faire
part par mail
et avec votre accord, nous
publierons votre témoignage en respectant votre anonymat
et celui de votre chien tel
que cela a été présenté ci-dessus.
Notre
prochain volet traitera des pathologies les plus courantes rencontrées
chez les chiens sportifs et notamment chez le chien de RING.
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